Méditation – Préparer dimanche ensemble

PAROISSE SAINT VINCENT FERRIER

15ème dimanche ordinaire A 

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 13, 1-23

Ce jour-là, Jésus était sorti de la maison,et il était assis au bord de la mer.  Auprès de lui se rassemblèrent des foules si grandes qu’il monta dans une barque où il s’assit ;toute la foule se tenait sur le rivage. Il leur dit beaucoup de choses en paraboles : « Voici que le semeur sortit pour semer.   Comme il semait, des grains sont tombés au bord du chemin, et les oiseaux sont venus tout manger. D’autres sont tombés sur le sol pierreux, où ils n’avaient pas beaucoup de terre ; ils ont levé aussitôt, parce que la terre était peu profonde.  Le soleil s’étant levé, ils ont brûlé et, faute de racines, ils ont séché. D’autres sont tombés dans les ronces ; les ronces ont poussé et les ont étouffés.  D’autres sont tombés dans la bonne terre, et ils ont donné du fruit à raison de cent, ou soixante, ou trente pour un.Celui qui a des oreilles,qu’il entende ! »

    – Acclamons la Parole de Dieu.

  • Préparons dimanche ensemble

Frères et sœurs, lorsque Jésus proclame cette parabole du semeur, il ne choisit pas une image éloignée de la vie quotidienne de ses auditeurs. Il regarde les champs de Galilée, il observe les paysans qui travaillent sous le soleil, il contemple les semeurs qui avancent lentement en jetant les graines à pleines mains, et il transforme cette scène ordinaire en une révélation extraordinaire du Royaume de Dieu. L’Évangile d’aujourd’hui nous invite donc à contempler le travail de l’agriculteur avec des yeux nouveaux. Car derrière chacun de ses gestes se cache une profonde leçon spirituelle.

Le premier geste de l’agriculteur est de sortir. Jésus commence sa parabole par ces mots si simples : « Voici que le semeur sortit pour semer. » Avant même de parler des graines ou de la terre, Jésus insiste sur cette sortie. Le semeur ne reste pas à l’abri dans sa maison. Il quitte son confort. Il prend son sac de semences sur son épaule et il marche vers son champ. Ce premier geste nous parle de Dieu lui-même. Depuis le commencement de l’histoire du salut, Dieu est celui qui sort à la rencontre de l’humanité. Il est sorti à la recherche d’Adam après son péché. Il est sorti délivrer Israël de l’esclavage d’Égypte. Il est sorti vers son peuple par les prophètes. Enfin, dans la plénitude des temps, il est sorti de sa gloire pour venir habiter parmi nous en la personne de Jésus-Christ. Toute l’Incarnation est une sortie de Dieu vers l’homme.

L’agriculteur nous enseigne donc que toute mission commence par une sortie. Il faut quitter ses habitudes, ses sécurités, ses peurs. Une Église qui reste enfermée sur elle-même ne peut pas porter du fruit. Une paroisse qui attend simplement que les gens viennent à elle oublie le mouvement même de l’Évangile. Comme le semeur, nous sommes envoyés vers les autres. Nous sommes appelés à sortir de nos églises pour aller rencontrer ceux qui sont loin, ceux qui souffrent, ceux qui doutent, ceux qui cherchent un sens à leur vie.

Puis vient le geste de semer. L’agriculteur ne garde pas jalousement ses graines dans son grenier. Il accepte de s’en séparer. Il sait qu’une semence conservée dans un sac ne donnera jamais une moisson. Pour produire du fruit, elle doit être donnée, enfouie dans la terre, disparaître aux yeux des hommes. Voilà une magnifique image du Christ. Jésus est lui-même cette semence que le Père a envoyée dans le monde. Par sa mort et sa résurrection, il est devenu le grain de blé tombé en terre qui porte une immense moisson de vie. De même, tout chrétien est appelé à ne pas garder pour lui les dons reçus de Dieu. La foi n’est pas un trésor que l’on enferme ; elle est une semence destinée à être répandue.

Regardons maintenant la manière dont le semeur travaille. Ce qui étonne dans la parabole, c’est qu’il sème partout, sans faire de calcul. Une partie de la semence tombe sur le chemin, une autre sur les pierres, une autre parmi les ronces, une autre enfin sur la bonne terre. À première vue, cela semble être une perte. Quel agriculteur accepterait aujourd’hui de gaspiller ainsi ses semences ? Pourtant, Jésus veut nous montrer que Dieu n’aime pas comme les hommes calculent. Son amour est d’une générosité qui dépasse notre logique. Dieu offre sa Parole à tous. Il ne réserve pas son amour aux plus méritants. Il parle au saint comme au pécheur, au croyant fidèle comme à celui qui s’est éloigné de lui. Son espérance est plus grande que nos jugements. Là où nous voyons un terrain perdu, Dieu voit encore la possibilité d’une récolte.

Mais le cultivateur sait aussi que tout ne dépend pas de lui. Il peut labourer la terre, choisir les meilleures graines, enlever les mauvaises herbes, mais il ne peut pas faire germer la vie. Cette part du mystère lui échappe. C’est Dieu qui donne la croissance. Saint Paul le rappellera plus tard : « Moi, j’ai planté, Apollos a arrosé, mais c’est Dieu qui donnait la croissance. » Quelle leçon pour nous ! Parents, éducateurs, catéchistes, prêtres, grands-parents, nous pouvons annoncer l’Évangile avec fidélité, donner le meilleur de nous-mêmes, accompagner avec patience ceux qui nous sont confiés, mais nous ne pouvons pas forcer un cœur à croire. Nous sommes des semeurs, non des maîtres de la moisson. Cette vérité nous invite à l’humilité et à la confiance.

L’agriculteur connaît également la valeur du temps. Après avoir semé, il ne revient pas le lendemain pour vérifier si les épis sont déjà sortis de terre. Il sait attendre. Il respecte le rythme de la nature. Il accepte le silence de la germination. Il croit en ce qu’il ne voit pas encore. N’est-ce pas exactement la manière dont Dieu agit avec nous ? Combien de fois voulons-nous des conversions immédiates, des réponses rapides à nos prières, des changements instantanés dans notre vie ou dans celle de nos proches ! Dieu, lui, travaille avec la patience d’un agriculteur. Il ne brusque jamais la croissance de la foi. Il accompagne chacun selon son histoire, son rythme, ses blessures et ses capacités. Les racines poussent dans le secret avant que les fruits apparaissent au grand jour.

Le travail de l’agriculteur nous enseigne aussi que la terre doit être préparée. Un champ abandonné ne produit pas une belle récolte. Il faut retourner la terre, enlever les pierres, arracher les ronces, ouvrir des sillons pour accueillir la semence. De la même manière, notre cœur ne devient pas spontanément une bonne terre. Il a besoin d’être travaillé par la grâce. Les pierres de l’orgueil, les ronces de nos préoccupations excessives, le chemin durci par nos habitudes ou nos blessures doivent être transformés par la miséricorde de Dieu. La prière, la confession, l’écoute de la Parole, l’Eucharistie et les œuvres de charité sont comme les outils du divin cultivateur qui prépare notre cœur à recevoir la semence de l’Évangile.

Enfin, l’agriculteur travaille toujours dans l’espérance. Il ne sème jamais pour lui seul. Il pense déjà à ceux qui seront nourris par la récolte. Toute sa peine est orientée vers la vie des autres. Son travail est un service. Il nourrit des familles qu’il ne connaît pas, des enfants qu’il ne rencontrera jamais, des personnes âgées, des malades, des pauvres. Son labeur devient un acte de charité silencieuse. Il en est de même pour le disciple du Christ. Lorsque nous annonçons l’Évangile, lorsque nous faisons le bien, lorsque nous pardonnons, lorsque nous éduquons nos enfants dans la foi, lorsque nous visitons une personne seule ou réconfortons quelqu’un qui souffre, nous ne savons pas toujours quels fruits naîtront de ces gestes. Mais Dieu, lui, les fait grandir. Nous ne sommes pas responsables de la récolte ; nous sommes responsables de la fidélité avec laquelle nous semons.

Et quel est le fruit ultime de cette moisson ? Ce n’est pas seulement une récolte abondante. C’est le Royaume de Dieu lui-même. Le blé qui nourrit les hommes devient aussi le pain que nous apportons à l’autel. Les fruits de la terre, façonnés par le travail des hommes, deviennent, par la puissance de l’Esprit Saint, le Corps et le Sang du Christ. Ainsi, le travail humble de l’agriculteur rejoint le plus grand mystère de notre foi. La terre cultivée avec amour devient le lieu où Dieu prépare la nourriture de la vie éternelle.

Frères et sœurs, en contemplant aujourd’hui ce semeur de l’Évangile, apprenons à admirer le travail de tous ceux qui cultivent la terre, mais apprenons surtout à laisser Dieu cultiver notre propre cœur. Demandons-lui d’être ce divin agriculteur qui retourne notre terre intérieure, enlève les pierres de nos résistances, arrache les ronces de nos inquiétudes et dépose en nous la semence de sa Parole. Alors notre vie deviendra, à son tour, un champ fertile où pourront mûrir les fruits de la foi, de l’espérance, de la charité et de la sainteté, pour la gloire de Dieu et le salut du monde.

Amen.

Bon dimanche à vous !

Père Eloge Elenga

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