Méditation – Préparer dimanche ensemble

PAROISSE SAINT VINCENT FERRIER

21ème dimanche du Temps ordinaire (A)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

En ce temps-là, Jésus, arrivé dans la région de Césarée-de-Philippe, demandait à ses disciples : « Au dire des gens, qui est le Fils de l’homme ? » Ils répondirent : « Pour les uns, Jean le Baptiste ; pour d’autres, Élie ; pour d’autres encore, Jérémie ou l’un des prophètes. » Jésus leur demanda : « Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ? » Alors Simon-Pierre prit la parole et dit : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant ! »

Prenant la parole à son tour, Jésus lui dit : « Heureux es-tu, Simon fils de Yonas : ce n’est pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela, mais mon Père qui est aux cieux. Et moi, je te le déclare : Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église ; et la puissance de la Mort ne l’emportera pas sur elle. Je te donnerai les clés du royaume des Cieux : tout ce que tu auras lié sur la terre sera lié dans les cieux, et tout ce que tu auras délié sur la terre sera délié dans les cieux. »

Alors, il ordonna aux disciples de ne dire à personne que c’était lui le Christ.

Acclamons la Parole de Dieu.

  • Préparons dimanche ensemble

Frères et sœurs, l’Evangile que nous venons d’entendre nous fait entrer dans une scène très simple, mais extraordinairement profonde, parce que Jésus, après avoir beaucoup marché, beaucoup enseigné, beaucoup rencontré les foules et beaucoup partagé avec ses disciples, s’arrête un moment et leur pose une question qui pourrait presque ressembler à une conversation ordinaire entre amis : « Au dire des gens, qui est le Fils de l’homme ? » Et les disciples répondent en donnant toutes sortes d’avis : « Pour les uns, Jean le Baptiste ; pour d’autres, Élie ; pour d’autres encore, Jérémie ou l’un des prophètes. » Finalement, les disciples font un peu ce que nous faisons souvent nous-mêmes : ils rapportent ce qu’ils ont entendu, ce que les autres disent, ce que les gens pensent, ce qui circule dans les conversations. Et Jésus les écoute, mais il ne s’arrête pas à cette première réponse, parce qu’il veut les conduire plus loin, vers quelque chose de beaucoup plus personnel, et il leur dit : « Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ? »

Cette question de Jésus est magnifique parce qu’elle ne s’adresse pas seulement à Pierre, elle ne s’adresse pas seulement aux douze Apôtres, elle ne concerne pas uniquement les théologiens, les prêtres, les religieux ou les spécialistes de la Bible ; elle s’adresse à chacun de nous, ici et maintenant, dans notre situation concrète, avec notre histoire, nos joies, nos blessures, nos questions, nos certitudes et même nos hésitations. Jésus nous regarde et nous demande : « Pour toi, qui suis-je ? » Et cette question est importante parce qu’il est possible de connaître beaucoup de choses sur Jésus sans vraiment le connaître, il est possible de connaître les prières, d’aller à la messe, de connaître les grandes fêtes chrétiennes, de savoir réciter le Notre Père et le Je vous salue Marie, et pourtant de ne jamais prendre le temps de laisser Jésus devenir réellement quelqu’un dans notre vie.

Pierre, lui, prend la parole avec enthousiasme : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant ! » Voilà une réponse extraordinaire, une réponse qui ne vient pas seulement de la mémoire, mais du cœur, une réponse qui reconnaît que Jésus n’est pas simplement un homme remarquable parmi beaucoup d’autres, qu’il n’est pas seulement un prophète, un enseignant ou un guérisseur, mais qu’il est le Christ, le Fils du Dieu vivant, Celui qui vient nous révéler le visage du Père et nous conduire vers la vie.

Et Jésus lui dit : « Heureux es-tu, Simon fils de Yonas ! » J’aime beaucoup cette parole de Jésus : « Heureux es-tu ! » Avant même de lui donner une mission, avant même de parler de responsabilité, Jésus commence par le rendre heureux, comme pour nous rappeler que la foi chrétienne n’est pas d’abord une affaire de tristesse, de peur ou de culpabilité, mais une rencontre qui ouvre un chemin de bonheur. Nous avons parfois donné au christianisme un visage tellement sérieux que l’on pourrait croire que, pour être un bon chrétien, il faut avoir l’air triste du lundi matin au dimanche soir ! Pourtant, dans l’Évangile, Jésus parle souvent de joie, de fête, de noces, de repas, de retrouvailles, de pardon, de guérison et de vie nouvelle. Le chrétien n’est pas quelqu’un qui porte une longue liste de malheurs sur le visage ; c’est quelqu’un qui sait, même au milieu des difficultés, qu’il n’est jamais seul et que Dieu continue de marcher avec lui.

Mais ce qui est encore plus beau dans cet Évangile, c’est la confiance que Jésus fait à Pierre. Il lui dit : « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église. » Et là, il faut reconnaître que Jésus a beaucoup d’audace ! Parce que si nous connaissons un peu Pierre, nous savons qu’il est généreux, courageux, passionné, mais qu’il est aussi parfois impulsif, qu’il parle avant de réfléchir, qu’il promet beaucoup et qu’il lui arrive ensuite de ne pas tenir ses promesses. Pierre est capable de dire : « Seigneur, même si tous viennent à tomber, moi je ne tomberai jamais », et quelques heures plus tard, il va dire trois fois : « Je ne connais pas cet homme. » Voilà Pierre ! Et pourtant Jésus lui dit : « Sur cette pierre je bâtirai mon Église. »

Cela devrait nous rassurer énormément, frères et sœurs, parce que si Jésus avait attendu de trouver des personnes parfaitement parfaites pour construire son Église, l’Église aurait probablement encore beaucoup de mal à démarrer ! Jésus choisit des personnes humaines, avec leurs qualités et leurs défauts, avec leurs forces et leurs fragilités, avec leurs enthousiasmes et leurs maladresses. Il choisit Pierre, il choisit les Apôtres, il choisit Marie Madeleine, il choisit Paul, il choisit tant d’hommes et de femmes qui ont connu des moments de lumière mais aussi des moments de faiblesse. Et aujourd’hui encore, il continue de construire son Église avec nous.

Cela signifie que nous ne devons jamais dire : « Je ne suis pas assez bien pour servir », « Je ne suis pas assez saint pour m’engager », « Je ne connais pas suffisamment la Bible », « Je ne sais pas prier comme les autres », « Je ne suis pas capable », parce que Dieu ne cherche pas des personnes qui pensent être extraordinaires ; il cherche des personnes disponibles, des personnes qui acceptent de lui donner ce qu’elles ont. Jésus ne demande pas à Pierre d’être un super-héros, il lui demande de l’aimer et de marcher avec lui.

Et cela nous rejoint directement dans la vie de nos communautés chrétiennes. Une paroisse, ce n’est pas un club de personnes parfaites ! Une paroisse est une famille, et dans une famille, il y a des caractères différents, des générations différentes, des cultures différentes, des sensibilités différentes, des manières différentes de voir les choses, et parfois même quelques petites discussions sur des détails que nous pensions pourtant très importants ! Mais c’est justement là que se trouve la beauté de l’Église : nous ne sommes pas réunis parce que nous nous ressemblons tous, nous sommes réunis parce que nous avons le même Seigneur.

Dans une paroisse, certains sont très à l’aise pour prendre la parole, d’autres préfèrent travailler discrètement ; certains chantent très fort, d’autres chantent avec beaucoup de conviction mais avec une mélodie qui appartient à une autre paroisse ! Certains aiment les réunions, d’autres ont une véritable vocation à les éviter ! Certains sont toujours prêts à donner un coup de main, d’autres ont besoin qu’on leur demande gentiment trois ou quatre fois avant de se décider ! Mais derrière toutes ces différences, il y a quelque chose de plus grand : nous appartenons au même Christ.

Et c’est précisément pour cela que Jésus donne à Pierre les clés du Royaume des Cieux : « Je te donnerai les clés du royaume des Cieux. » Les clés sont un symbole très fort. Celui qui possède les clés peut ouvrir. Et l’Église est appelée à ouvrir les portes, pas à les fermer. Nous avons besoin aujourd’hui de communautés chrétiennes qui ouvrent des portes, qui accueillent, qui écoutent, qui donnent une place à chacun, qui savent recevoir celui qui arrive pour la première fois, celui qui revient après plusieurs années, celui qui doute, celui qui cherche, celui qui est blessé, celui qui ne connaît pas encore très bien la foi.

Il y a des personnes qui ont besoin d’une porte ouverte simplement parce qu’elles se sentent seules. D’autres ont besoin d’une porte ouverte parce qu’elles ont connu une rupture, un deuil, une difficulté familiale. D’autres encore cherchent simplement un lieu où elles peuvent être elles-mêmes sans être jugées. Et parfois, la première évangélisation que nous pouvons faire n’est pas un grand discours théologique ; c’est simplement un sourire, une poignée de main, une parole fraternelle, une invitation à s’asseoir avec nous, un café partagé après la messe, une attention donnée à quelqu’un que personne ne remarque.

Jésus dit aussi : « Tout ce que tu auras lié sur la terre sera lié dans les cieux, et tout ce que tu auras délié sur la terre sera délié dans les cieux. » Cette parole sur le fait de délier est particulièrement importante. Parce qu’il y a tellement de personnes qui vivent attachées à quelque chose : attachées à une rancune, attachées à une blessure ancienne, attachées à une faute, attachées à un échec, attachées à une parole prononcée il y a vingt ans et qu’elles n’arrivent toujours pas à oublier. Il y a même des personnes qui sont prisonnières de leur propre regard sur elles-mêmes : « Je ne vaux rien », « Je ne suis pas capable », « Dieu ne peut pas m’aimer », « J’ai trop fait d’erreurs. »

Et Jésus nous demande d’être des personnes qui délient, des personnes qui libèrent, des personnes qui permettent à l’autre de recommencer. Le pardon chrétien n’est pas toujours facile, mais il est une véritable libération. Pardonner ne signifie pas dire que ce qui s’est passé était bien ; pardonner signifie refuser de laisser le mal continuer à gouverner notre cœur. Parfois, nous disons : « Je pardonne, mais je n’oublie pas ! » Et effectivement, nous avons une mémoire extraordinaire : nous pouvons oublier où nous avons posé nos clés il y a cinq minutes, mais nous pouvons nous souvenir pendant vingt ans d’une phrase que quelqu’un nous a dite en 2007 ! C’est une étrange capacité humaine ! Mais l’Évangile nous apprend peu à peu à ne pas faire de nos blessures une maison permanente.

Pierre lui-même va devoir apprendre cela. Il va tomber, il va pleurer, il va regretter, mais Jésus ne va pas le condamner définitivement à son erreur. Après la Résurrection, Jésus va revenir vers lui et lui demander simplement : « M’aimes-tu ? » Et Pierre pourra répondre avec humilité. C’est là toute la beauté de l’Évangile : Dieu ne nous enferme jamais dans notre passé.

Frères et sœurs, peut-être que certains parmi nous ont besoin aujourd’hui d’entendre cette parole : « Tu peux recommencer. » Peut-être qu’une personne pense qu’elle a trop attendu, qu’elle s’est trop éloignée, qu’elle n’a plus sa place dans l’Église, qu’elle n’est plus digne de prier. Jésus nous dit aujourd’hui : « La porte est ouverte. Reviens. » Et lorsqu’un frère ou une sœur revient, notre rôle n’est pas de lui rappeler toutes ses absences ; notre rôle est de lui dire : « Nous sommes heureux de te revoir. »

L’Église est appelée à être une maison de miséricorde, une maison où les personnes peuvent retrouver leur dignité, une maison où l’on apprend à aimer, une maison où l’on peut déposer ses fardeaux et repartir plus léger. Et cela commence très concrètement dans nos paroisses, dans nos familles, dans nos groupes, dans nos communautés, dans nos relations quotidiennes.

Jésus dit encore : « La puissance de la Mort ne l’emportera pas sur elle. » Quelle parole magnifique ! L’Église peut connaître des difficultés, des crises, des changements, des périodes de fatigue, des moments où nous avons l’impression que tout devient plus compliqué, mais Jésus nous rappelle que son Église ne repose pas uniquement sur nos forces humaines. Elle repose sur lui. Et si elle repose sur le Christ, alors nous pouvons regarder l’avenir avec confiance.

Il y aura toujours des changements dans la vie de l’Église, il y aura toujours des générations nouvelles, de nouvelles manières de vivre la foi, de nouvelles questions, de nouvelles situations pastorales, mais le Christ demeure. Et c’est cela notre grande espérance : nous ne sommes pas les propriétaires de l’Église, nous sommes ses serviteurs. Nous ne sommes pas chargés de tout contrôler, nous sommes appelés à transmettre ce que nous avons reçu.

Et aujourd’hui, cette question de Jésus nous revient avec une simplicité désarmante : « Pour vous, qui suis-je ? » Chacun peut répondre dans le secret de son cœur. Pour certains, Jésus est peut-être encore une découverte. Pour d’autres, il est un compagnon de route depuis l’enfance. Pour d’autres encore, il est Celui vers qui ils se tournent lorsqu’ils traversent une épreuve. Pour certains, il est Celui qui les a relevés après une chute. Pour d’autres, il est Celui qui leur a appris à pardonner. Et pour beaucoup d’entre nous, il est simplement Celui sans lequel notre vie chrétienne n’aurait pas le même sens.

La foi n’est donc pas seulement une idée que nous gardons dans notre tête ; elle devient une relation vivante. Nous pouvons connaître le nom de Jésus, mais nous sommes invités à devenir ses amis. Nous pouvons parler de Jésus, mais nous sommes surtout appelés à marcher avec lui. Nous pouvons venir à la messe, mais nous sommes également appelés à laisser ce que nous célébrons transformer notre manière de vivre.

Alors, frères et sœurs, repartons dans la joie. Jésus ne nous demande pas d’être parfaits ; il nous demande d’être disponibles. Il ne nous demande pas d’avoir réponse à tout ; il nous demande de lui faire confiance. Il ne nous demande pas de ne jamais tomber ; il nous demande de nous relever avec lui. Il ne nous demande pas de construire une Église à notre image ; il nous demande de construire avec lui une Église qui accueille, qui pardonne, qui sert et qui espère.

Et peut-être que notre prière aujourd’hui peut être très simple : « Seigneur Jésus, tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant. Apprends-moi à mieux te connaître, apprends-moi à mieux t’aimer, apprends-moi à mieux te servir. Donne-moi un cœur capable d’ouvrir les portes plutôt que de les fermer, un cœur capable de pardonner plutôt que de garder rancune, un cœur capable d’accueillir plutôt que de juger, un cœur capable de sourire même lorsque tout n’est pas parfait. »

Et si nous faisons cela, alors notre paroisse deviendra toujours davantage ce qu’elle est appelée à être : une communauté vivante, fraternelle, joyeuse, accueillante, capable de regarder l’avenir avec confiance, parce qu’elle sait que son véritable fondement n’est ni notre organisation, ni nos talents, ni nos projets, ni même nos propres forces, mais Jésus Christ, le Fils du Dieu vivant.

Alors, avec Pierre, avec les Apôtres, avec tous les saints et avec tous ceux qui nous ont transmis la foi, nous pouvons proclamer avec joie : « Seigneur Jésus, tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant ! » Et que cette profession de foi ne reste pas seulement une belle phrase prononcée dans l’église, mais qu’elle devienne une manière de vivre, une manière d’aimer, une manière de regarder les autres et une manière de traverser les difficultés.

Que le Seigneur nous donne donc la joie de croire, la simplicité de servir, la force de pardonner, le courage d’ouvrir les portes et la confiance nécessaire pour avancer ensemble. Et lorsque nous connaîtrons des jours plus difficiles, lorsque nous aurons parfois l’impression que l’Église avance lentement, lorsque nous serons fatigués ou découragés, souvenons-nous de cette promesse de Jésus : « La puissance de la Mort ne l’emportera pas sur elle. »

Alors, allons de l’avant, frères et sœurs, avec le sourire, avec confiance et avec cette belle certitude que le Christ est vivant, qu’il marche avec son Église et qu’il continue de nous dire aujourd’hui, à chacun personnellement : « Pour toi, qui suis-je ? » Et que notre vie entière puisse répondre : « Seigneur, tu es mon Christ, tu es mon espérance, tu es mon chemin, tu es Celui qui donne sens à ma vie. »

Amen.

Bon dimanche à vous depuis Brazzaville

Père Eloge Elenga

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