Deuxième dimanche ordinaire

Frères et sœurs, les premiers mots de la lettre de saint Paul aux Corinthiens résonnent aujourd’hui avec une force toute particulière : « Paul, appelé à être apôtre du Christ Jésus par la volonté de Dieu, s’adresse à l’Église qui est à Corinthe, à ceux qui ont été sanctifiés dans le Christ Jésus, appelés à être saints… »

Cette parole frères et sœurs, écrite il y a près de deux mille ans, n’est pas une page figée du passé. Elle est une parole vivante, adressée aujourd’hui à nous, à nos paroisses, à nos communautés, à chacun de nous. Elle prend un relief tout particulier alors que nous avons accueilli ce matin les vœux de notre évêque, Monseigneur Raymond Centène. Par sa parole à la fois fraternelles et exigeante, Monseigneur Raymond Centène nous appelle à travailler ensemble dans nos paroisses dans la paix, à éviter les divisions, afin que l’Église soit accueillante et que l’Évangile soit proclamé par tous.

Paul commence par dire qu’il est appelé. Il ne s’impose pas. Il ne se présente pas comme un chef autoritaire ou comme quelqu’un qui aurait tout compris. Il se reconnaît d’abord saisi par la volonté de Dieu. Et déjà, là, s’ouvre un chemin de paix.

Car là où chacun cherche à affirmer son pouvoir, ses idées ou ses certitudes, les divisions naissent. Mais là où chacun accepte de se reconnaître appelé, envoyé, dépendant de la grâce de Dieu, un espace s’ouvre pour l’écoute, pour le respect et pour le dialogue. L’appel précède toujours la mission. Nous ne construisons pas l’Église à partir de nous-mêmes ; nous la recevons comme un don et comme une responsabilité confiée par Dieu.

Paul s’adresse ensuite à « l’Église qui est à Corinthe ». Non pas une Église idéale, mais une communauté bien réelle, traversée par des conflits, des rivalités et des tensions. Et pourtant, Paul ose dire : « vous êtes sanctifiés dans le Christ Jésus ». Il ne nie pas les difficultés, mais il affirme que Dieu est déjà à l’œuvre.

Voilà une parole profondément consolante pour notre temps. Nous pourrions facilement nous décourager en regardant les fragilités de l’Église, les tensions internes, les différences de sensibilités. Mais Paul nous rappelle que la sainteté de l’Église ne vient pas de notre perfection, mais du Christ qui la sanctifie et qui continue de travailler patiemment les cœurs.

Cet appel à la paix et à l’unité rejoint profondément les vœux de Monseigneur Raymond Centène ce matin. Travailler dans la paix ne signifie pas effacer les différences ni éviter les questions difficiles. La paix chrétienne est un chemin exigeant : un chemin de vérité vécue dans la charité. Elle demande du courage : écouter avant de répondre, chercher à comprendre avant de juger, pardonner avant d’exclure, construire plutôt que détruire. Paul nous rappelle que nous sommes appelés à être saints, et la sainteté passe souvent par ces gestes très concrets de la vie quotidienne.

Paul élargit encore la perspective lorsqu’il rappelle que l’Église de Corinthe est en communion avec « tous ceux qui, en tout lieu, invoquent le nom de notre Seigneur Jésus Christ ». Cette parole vient briser toute tentation de repli. L’Église n’est la propriété ni d’une paroisse, ni d’un groupe, ni d’une sensibilité particulière. Elle est universelle. Lorsque les divisions prennent le dessus, le témoignage de l’Église devient fragile. Une Église divisée peine à être accueillante et risque de décourager ceux qui cherchent Dieu.

Paul conclut par ces mots simples et puissants : « Grâce et paix de la part de Dieu notre Père et du Seigneur Jésus Christ. » La grâce est ce qui nous permet d’avancer malgré nos limites et nos fatigues. La paix est le fruit de cette grâce accueillie. Elle ne se décrète pas ; elle se reçoit et se construit jour après jour.

Cette dynamique de l’appel et de la mission rejoint l’Évangile que nous avons entendu. Jean le Baptiste désigne Jésus et dit : « Voici l’Agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde. » Il ne fait pas un long discours. Il montre l’essentiel : un Dieu de douceur, un Dieu proche, un Dieu qui se fait vulnérable. Le péché, ce n’est pas seulement une liste de fautes ; c’est tout ce qui abîme la relation. Jésus ne vient pas nier cette réalité, il vient la porter et ouvrir un chemin de réconciliation. Voilà pourquoi l’Église ne peut être crédible que si elle devient un lieu de miséricorde et de relèvement.

Le prophète Isaïe nous rappelle enfin : « Le Seigneur m’a appelé dès le sein  maternel. » Avant même que nous ayons conscience de Dieu, il nous connaît. Et pourtant Isaïe dit aussi sa fatigue : « Je m’épuisais pour rien. » Dieu lui répond : même ta fatigue, je peux la transformer en lumière.

Frères et sœurs, nous sommes appelés, sanctifiés et envoyés. Appelés à vivre dans la paix, sanctifiés par le Christ, envoyés pour que l’Évangile soit proclamé par nos paroles et par notre manière de vivre ensemble. Que cette Parole nous accompagne tout au long de l’année et fasse grandir en nous cette joie profonde et paisible : la certitude que Dieu marche avec nous et qu’il continue, à travers nous, son œuvre de salut.

Père Eloge
Eglise Saint Vincent Ferrier Vannes

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