Homélie – 4ème dimanche ordinaire

Frères et sœurs, si je n’étais pas parmi vous ces derniers jours, c’est parce que je participais à une session sur le dialogue interreligieux, en particulier sur les relations entre chrétiens et musulmans.

Ce temps passe à Lyon a été pour moi une expérience riche, parfois exigeante, mais profondément éclairante. J’ai entendu des questions, des peurs, des espérances, et surtout le désir sincère de beaucoup de croyants de traditions différentes de vivre ensemble dans le respect et la paix.

En revenant parmi vous, l’Évangile des Béatitudes m’est apparu comme une lumière précieuse, non seulement pour notre vie paroissiale, mais aussi pour notre manière d’entrer en relation avec ceux qui ne partagent pas notre foi. Et les autres lectures de ce jour viennent étonnamment éclairer ce même chemin.

Le prophète Sophonie nous parle d’un reste humble et pauvre, un peuple qui « cherchera refuge dans le nom du Seigneur », un peuple qui ne fait ni violence ni mensonge, mais qui peut « paître et se reposer sans que personne ne l’inquiète ». Cette parole ancienne rejoint profondément la première Béatitude : « Heureux les pauvres de cœur ». Cette pauvreté là n’est pas un manque, mais une attitude intérieure. Elle nous invite à reconnaître que nous ne possédons pas Dieu, que la vérité nous est confiée pour être vécue et partagée, non pour dominer.

Dans le dialogue interreligieux comme dans la vie paroissiale, cette pauvreté de cœur ouvre un espace d’écoute, d’humilité et de confiance. Elle nous empêche de caricaturer l’autre et nous apprend à accueillir ce que Dieu fait aussi en dehors de nos cadres habituels.

Saint Paul, dans sa lettre aux Corinthiens, va dans le même sens lorsqu’il nous rappelle que Dieu n’a pas choisi ce qui est fort, prestigieux ou éclatant aux yeux du monde, mais ce qui est faible, humble, pauvre, pour manifester sa sagesse. Cela nous recentre : notre fierté n’est pas dans ce que nous sommes ou croyons posséder, mais dans le Seigneur seul. Voilà un fondement solide pour toute relation juste, entre chrétiens comme avec nos frères et sœurs musulmans.

« Heureux les doux », dit Jésus. La douceur est une force qui désarme. Dans un monde marqué par les crispations identitaires, les peurs et parfois les violences liées à la religion, la douceur devient un témoignage évangélique puissant. Elle se manifeste dans notre manière de parler, d’écouter, d’exprimer nos convictions sans agressivité. Elle n’efface pas les différences, mais elle permet des relations vraies et apaisées.

« Heureux ceux qui pleurent ». Jésus reconnaît la souffrance humaine. Il ne la nie pas. Dans les rencontres interreligieuses comme dans la vie quotidienne, nous découvrons que, par-delà nos différences de foi, nous partageons la même humanité : le deuil, la maladie, l’injustice, l’exil, la solitude. Pleurer avec ceux qui pleurent, sans condition préalable, c’est déjà bâtir un pont. C’est reconnaître une fraternité qui précède les mots et les doctrines.

« Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice ». Cette faim traverse aussi les rencontres entre croyants de différentes traditions. Beaucoup aspirent à un monde plus juste, plus fraternel, plus respectueux de la dignité humaine. Les Béatitudes nous encouragent à collaborer chaque fois que cela est possible pour la paix, la solidarité, l’accueil des plus fragiles. La foi devient alors une force de construction et non un motif de division.

« Heureux les miséricordieux ». La miséricorde est un langage universel. Elle ne nie pas les différences, mais elle refuse la logique de la méfiance et de la revanche. Dans nos relations quotidiennes, dans la paroisse comme dans la société, la miséricorde ouvre des chemins inattendus de réconciliation et fait renaître l’espérance.

« Heureux les cœurs purs ». Le cœur pur est un cœur sans duplicité, un cœur vrai. Dans le dialogue comme dans la vie communautaire, cela signifie être clair dans ses intentions, fidèle à sa foi sans manipulation ni arrière-pensée. Cette simplicité crée un climat où la rencontre devient possible et féconde.

Enfin, « Heureux les artisans de paix ». Voilà sans doute la Béatitude la plus urgente aujourd’hui. Être artisan de paix, ce n’est pas effacer les différences, mais refuser qu’elles deviennent des murs. C’est résister aux discours de peur, refuser les amalgames, choisir humblement d’être des ponts plutôt que des frontières. C’est un travail discret, quotidien, mais essentiel. Frères et sœurs, les Béatitudes, éclairées par la parole de Sophonie et par l’appel de saint Paul à l’humilité, dessinent un
chemin de fraternité pour notre paroisse et pour notre présence chrétienne dans une société plurielle. Elles nous rappellent que le Royaume de Dieu commence chaque fois que nous choisissons la douceur, la miséricorde, la justice et la paix.

Que cette parole de Jésus façonne notre manière d’être communauté à Saint-Vincent-Ferrier, et qu’elle éclaire aussi nos relations avec nos frères et sœurs musulmans et avec tous ceux que nous rencontrons. Alors, humblement, nous deviendrons des témoins crédibles de l’Évangile, artisans du vivre-ensemble que Dieu désire pour toute l’humanité.

Père Eloge
Eglise Saint Vincent Ferrier Vannes


Lectures de la messe

Première lecture

« Je laisserai chez toi un peuple pauvre et petit » (So 2, 3 ; 3, 12-13)

Lecture du livre du prophète Sophonie
Cherchez le Seigneur, vous tous, les humbles du pays, qui accomplissez sa loi.
Cherchez la justice, cherchez l’humilité : peut-être serez-vous à l’abri au jour de la colère du Seigneur.
Je laisserai chez toi un peuple pauvre et petit ; il prendra pour abri le nom du Seigneur.
Ce reste d’Israël ne commettra plus d’injustice ; ils ne diront plus de mensonge ; dans leur bouche, plus de langage trompeur. Mais ils pourront paître et se reposer, nul ne viendra les effrayer.

Parole du Seigneur.

Psaume
(Ps 145 (146), 7, 8, 9ab.10b)

Le Seigneur fait justice aux opprimés ; aux affamés, il donne le pain, le Seigneur délie les enchaînés.
Le Seigneur ouvre les yeux des aveugles, le Seigneur redresse les accablés, le Seigneur aime les justes. Le Seigneur protège l’étranger, il soutient la veuve et l’orphelin, le Seigneur est ton Dieu pour toujours.

Deuxième lecture

« Ce qu’il y a de faible dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi » (1 Co 1, 26-31)
Lecture de la première lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens

Frères,
vous qui avez été appelés par Dieu, regardez bien : parmi vous, il n’y a pas beaucoup de sages aux yeux des hommes, ni de gens puissants ou de haute naissance. Au contraire, ce qu’il y a de fou dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi, pour couvrir de confusion les sages ; ce qu’il y a de faible dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi, pour couvrir de confusion ce qui est fort ; ce qui est d’origine modeste, méprisé dans le monde, ce qui n’est pas, voilà ce que Dieu a choisi, pour réduire à rien ce qui est ; ainsi aucun être de chair ne pourra s’enorgueillir devant Dieu. C’est grâce à Dieu, en effet, que vous êtes dans le Christ Jésus, lui qui est devenu pour nous sagesse venant de Dieu,
justice, sanctification, rédemption.  Ainsi, comme il est écrit : Celui qui veut être fier, qu’il mette sa fierté dans le Seigneur.
Parole du Seigneur.

Évangile

« Heureux les pauvres de cœur » (Mt 5, 1-12a)
Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

En ce temps-là, voyant les foules, ,Jésus gravit la montagne. Il s’assit, et ses disciples s’approchèrent de lui. Alors, ouvrant la bouche, il les enseignait. Il disait : « Heureux les pauvres de cœur,
car le royaume des Cieux est à eux.

Heureux ceux qui pleurent, car ils seront consolés.
Heureux les doux, car ils recevront la terre en héritage.
Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice, car ils seront rassasiés.
Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde.
Heureux les cœurs purs, car ils verront Dieu.
Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu.
Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice, car le royaume des Cieux est à eux.
Heureux êtes-vous si l’on vous insulte, si l’on vous persécute
et si l’on dit faussement toute sorte de mal contre vous, à cause de moi.

Réjouissez-vous, soyez dans l’allégresse, car votre récompense est grande dans les cieux ! »
Acclamons la Parole de Dieu.

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