Chers lecteurs, chères lectrices,
C’est avec une grande joie que nous vous écrivons pour vous annoncer la reprise des méditations « Préparer dimanche ensemble ». Ces derniers temps, des aléas techniques sont venus perturber la diffusion régulière de nos méditations. Nous en sommes sincèrement désolés. Merci du fond du cœur pour votre patience, votre fidélité et vos messages de soutien qui nous ont beaucoup encouragés durant cette période.
Aujourd’hui, nous reprenons ce chemin avec le même désir qui nous anime depuis le début : être au service de la Parole de Dieu et de ceux qui l’aiment. Nous voulons continuer à accompagner tous les lecteurs, toutes les paroissiennes et tous les paroissiens, ainsi que toutes celles et ceux qui cherchent à nourrir leur foi et à préparer le dimanche à la lumière de l’Évangile.
Ces méditations sont pensées comme un espace de respiration spirituelle, un temps pour écouter, réfléchir, prier et laisser la Parole rejoindre notre vie quotidienne. Nous espérons qu’elles continueront à vous soutenir, vous éclairer et vous aider à avancer sur votre chemin de foi. Merci encore pour votre confiance et votre présence fraternelle. Ensemble, poursuivons cette belle aventure autour de la Parole vivante.
Dans la joie de vous retrouver,
Père Éloge
Paroisse Saint Vincent Ferrier Vannes
CINQUIEME DIMANCHE ORDINAIRE A
Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu 5,13-16.
En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Vous êtes le sel de la terre. Mais si le sel devient fade, comment lui rendre de la saveur ? Il ne vaut plus rien : on le jette dehors et il est piétiné par les gens. Vous êtes la lumière du monde. Une ville située sur une montagne ne peut être cachée. Et l’on n’allume pas une lampe pour la mettre sous le boisseau ; on la met sur le lampadaire, et elle brille pour tous ceux qui sont dans la maison.
De même, que votre lumière brille devant les hommes : alors, voyant ce que vous faites de bien, ils rendront gloire à votre Père qui est aux cieux. »
- Préparons dimanche ensemble
Frères et sœurs, La parole que nous venons d’entendre aujourd’hui résonne avec une force toute particulière : « Vous êtes la lumière du monde. » Ces mots de Jésus sont bien connus, souvent entendus, parfois même un peu trop familiers. Et pourtant, lorsqu’on les écoute vraiment, ils ne cessent de nous étonner. Jésus ne dit pas : vous devez devenir la lumière, ni même : efforcez-vous d’être lumineux. Il affirme simplement, presque avec assurance : vous êtes la lumière du monde.
Cette parole n’est pas prononcée dans un contexte idéalisé, ni adressée à des personnes parfaites ou accomplies. Elle est dite au cœur de la réalité humaine, telle qu’elle est, avec ses joies, ses élans, mais aussi ses épreuves, ses fragilités et ses limites. Et en ce jour où l’Église célèbre le dimanche de la santé, cette parole prend une profondeur encore plus grande. Car la lumière de l’Évangile vient rejoindre l’un des lieux les plus sensibles de notre existence : celui de la maladie, de la souffrance, du grand âge, du handicap, du soin et de l’accompagnement.
Jésus s’adresse à des disciples rassemblés autour de lui. Ils ne sont pas encore forts, ni sûrs d’eux-mêmes. Ils doutent, ils cherchent, ils se trompent parfois. Ils sont en chemin. Et pourtant, c’est à eux que Jésus confie cette mission immense : être lumière pour le monde. Cela nous dit quelque chose d’essentiel : la lumière chrétienne ne vient pas de nos performances, de notre force morale ou de notre capacité à tout comprendre. Elle vient d’une relation, d’une proximité avec le Christ.
Si aujourd’hui nous pouvons être lumière pour les autres, ce n’est pas parce que nous serions meilleurs, plus solides ou plus courageux que d’autres. C’est parce que nous acceptons de nous laisser éclairer par le Christ. Lui qui connaît nos blessures, nos fatigues, nos peurs. Lui qui ne se scandalise pas de nos limites, mais qui les rejoint avec douceur.
Le dimanche de la santé nous rappelle avec force que la fragilité fait partie de la condition humaine. Aucun de nous n’y échappe. Un jour ou l’autre, la maladie peut surgir, le corps peut faiblir, l’esprit peut s’épuiser. Le grand âge, le handicap, la dépendance peuvent venir bouleverser une vie, remettre en question des projets, fragiliser l’espérance. Pour celles et ceux qui traversent ces épreuves, ces moments peuvent être vécus comme des temps d’obscurité, d’inquiétude, parfois même de solitude profonde.
Et pourtant, l’Évangile nous dit aujourd’hui que c’est précisément là que la lumière du Christ veut se faire proche. Non pas sous la forme de réponses toutes faites, ni de solutions miraculeuses, mais à travers une présence fidèle, une attention discrète, une compassion qui ne se retire pas. Dieu ne supprime pas toujours l’épreuve, mais il ne nous y laisse jamais seuls.
Jésus parle aussi d’une lampe que l’on n’allume pas pour la cacher sous le boisseau. Cette image prend tout son sens lorsque l’on pense à toutes celles et ceux qui, chaque jour, prennent soin des personnes fragilisées. Les soignants, les aidants, les membres des équipes de santé, les bénévoles, les proches, les familles. Beaucoup accomplissent leur mission dans la discrétion, parfois dans la fatigue, souvent sans reconnaissance. Ils donnent du temps, de l’énergie, parfois au prix de leur propre équilibre.
Et pourtant, leurs gestes sont une lumière bien réelle. Une main posée avec délicatesse, une écoute patiente, un regard qui ne juge pas, un soin donné avec respect deviennent des signes concrets d’espérance. À travers ces gestes simples, souvent répétés, quelque chose de la tendresse de Dieu rejoint ceux qui souffrent. La lumière de l’Évangile passe par là : par l’humanité partagée, par la fidélité dans le quotidien.
Le dimanche de la santé est aussi un appel à la prière. Prier pour les personnes malades, bien sûr, pour celles dont la fragilité est visible, mais aussi pour celles dont la souffrance est invisible, intérieure, silencieuse. Prier pour celles et ceux qui se sentent diminués, mis à l’écart, inutiles aux yeux du monde. Mais prier aussi pour ceux qui accompagnent, afin qu’ils trouvent la force de continuer, qu’ils soient soutenus dans leur engagement, qu’ils ne s’épuisent pas dans le don d’eux-mêmes.
La lumière du Christ ne passe pas seulement par des paroles ou des actions visibles. Elle passe aussi par la communion, par cette solidarité spirituelle qui nous relie les uns aux autres, même à distance, même dans le silence. Prier, c’est déjà prendre soin.
Jésus nous dit encore : « Que votre lumière brille devant les hommes. » Il ne s’agit pas d’être brillants, de se mettre en avant ou de chercher à être remarqués. Il s’agit de laisser briller. Cette nuance est essentielle, surtout dans le monde du soin. Personne ne peut porter la souffrance des autres par ses seules forces. Personne ne peut être lumière sans accepter d’être, lui aussi, éclairé.
Ceux qui prennent soin ont eux-mêmes besoin d’être soutenus, reconnus, entourés. Ils ont besoin de revenir à la source, de se reposer, de se ressourcer, pour ne pas se décourager. De la même manière, les personnes malades ne sont pas seulement des personnes à aider. Elles sont aussi, bien souvent, des témoins. Par leur patience, leur confiance, leur manière de traverser l’épreuve, elles deviennent lumière pour ceux qui les entourent.
Dans la maladie et la fragilité, la lumière ne disparaît pas. Elle change souvent de forme. Elle devient plus douce, plus intérieure, parfois plus silencieuse. Elle se manifeste dans une parole de confiance, dans un sourire malgré la douleur, dans une foi qui tient bon même quand tout vacille. Ces lumières discrètes ont une force immense, parce qu’elles disent que la vie a du prix, même lorsqu’elle est marquée par la dépendance ou la limite.
Frères et sœurs, l’Eucharistie que nous célébrons aujourd’hui nous rassemble autour de Celui qui est la Lumière du monde. Jésus connaît la souffrance. Il a connu la fatigue, la peur, l’abandon. Il n’est pas resté à distance de nos fragilités : il les a portées jusqu’au bout. En nous nourrissant de sa Parole et de son Corps, nous recevons la force de devenir, chacun à notre manière, des porteurs de lumière. Non pas pour effacer toutes les ténèbres, mais pour que personne ne se sente seul dans la nuit.
En ce dimanche de la santé, demandons au Seigneur d’ouvrir nos yeux et nos cœurs. Qu’il nous aide à reconnaître les lumières déjà présentes autour de nous. Qu’il nous donne aussi le courage d’être, là où nous sommes, une présence qui éclaire, qui rassure, qui relève. Alors, humblement, à travers nos gestes, nos paroles et parfois nos silences, la lumière du Christ pourra continuer de briller au cœur du monde.
Amen.
