26ème dimanche du temps ordinaire A
Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu
En ce temps-là, Jésus disait aux grands prêtres et aux anciens du peuple : « Quel est votre avis ? Un homme avait deux fils. Il vint trouver le premier et lui dit : ‘Mon enfant, va travailler aujourd’hui à la vigne. Celui-ci répondit : Je ne veux pas. Mais ensuite, s’étant repenti, il y alla. Puis le père alla trouver le second et lui parla de la même manière. Celui-ci répondit : ‘Oui, Seigneur ! et il n’y alla pas. Lequel des deux a fait la volonté du père ? » Ils lui répondent : « Le premier. » Jésus leur dit : « Amen, je vous le déclare : les publicains et les prostituées vous précèdent dans le royaume de Dieu. Car Jean le Baptiste est venu à vous sur le chemin de la justice, et vous n’avez pas cru à sa parole ; mais les publicains et les prostituées y ont cru. Tandis que vous, après avoir vu cela, vous ne vous êtes même pas repentis plus tard pour croire à sa parole. »
– Acclamons la Parole de Dieu.
Préparons dimanche ensemble
Frères et sœurs, en ce jour où nous nous préparons à accueillir avec joie et espérance le pape Leon en France, nous pouvons regarder cet événement non pas seulement comme un moment important dans la vie de notre Église, mais comme une occasion qui nous est donnée de nous arrêter quelques instants, de regarder notre propre chemin de foi et de nous demander ce que signifie aujourd’hui être chrétien, car derrière les rassemblements, les paroles que nous entendrons, les célébrations et les moments de communion, il y a une invitation beaucoup plus profonde que le Seigneur adresse à chacun de nous : accepter de nous laisser rejoindre par sa Parole et découvrir à nouveau que nous sommes appelés, chacun selon son histoire et ses possibilités, à travailler dans sa vigne.
L’Évangile que nous venons d’entendre nous présente justement deux fils auxquels un père adresse la même demande : « Mon enfant, va travailler aujourd’hui à la vigne », et la réponse de ces deux fils est très différente, puisque le premier refuse d’abord, avant de changer d’avis et de se mettre finalement au travail, tandis que le second répond immédiatement « Oui, Seigneur », mais ne fait pas ce qu’il avait promis ; à travers cette scène très simple, Jésus nous conduit à une question qui peut sembler évidente, mais qui devient beaucoup plus exigeante lorsque nous la rapportons à notre propre vie : lequel des deux a véritablement fait la volonté du Père ?
La réponse est donnée par ceux qui écoutent Jésus : c’est le premier, parce que finalement, malgré son refus initial, il s’est mis en route et a accompli ce que son père lui demandait, et cette réponse nous rappelle que, pour Dieu, nos paroles ne peuvent pas être séparées de notre manière de vivre, car nous pouvons facilement dire « oui » au Seigneur, parler de notre foi, participer aux célébrations, connaître les prières, nous reconnaître comme chrétiens et même avoir de bonnes intentions, mais la question essentielle demeure celle-ci : qu’est-ce que notre foi produit réellement dans notre vie, dans notre manière de regarder les autres, de les accueillir, de leur pardonner, de les servir et de leur donner une place ?
Nous connaissons tous, d’une manière ou d’une autre, cet écart entre ce que nous voulons faire et ce que nous faisons réellement, entre les bonnes résolutions que nous prenons et celles que nous abandonnons quelques jours plus tard, entre ce que nous disons croire et les choix que nous faisons lorsque personne ne nous regarde, et c’est pourquoi cet Évangile ne nous invite pas à juger les deux fils ni à chercher lequel leur ressemble le plus, mais à laisser Jésus nous interroger personnellement : Seigneur, est-ce que mon « oui » est véritablement devenu un chemin de vie, ou est-ce que je me contente parfois de dire ce que je sais être juste sans prendre le temps de le mettre en pratique ?
Et pourtant, dans cette parabole, il y a aussi une grande espérance, parce que le premier fils nous montre qu’un refus n’est jamais nécessairement définitif, qu’une parole prononcée dans la colère, la fatigue, le doute ou le découragement peut être suivie d’un changement de cœur, et que Dieu ne nous enferme jamais dans nos erreurs passées ; il nous laisse toujours la possibilité de revenir, de recommencer et de reprendre le chemin, parce que ce qui compte pour lui n’est pas que notre parcours soit parfait, mais que nous soyons capables, un jour ou l’autre, d’entendre à nouveau son appel et de nous mettre en route.
C’est une parole qui peut rejoindre beaucoup de personnes parmi nous, car certains ont peut-être connu des périodes où ils se sont éloignés de Dieu, où ils ont douté, où ils ont été déçus par l’Église ou blessés par des personnes, où ils ont eu l’impression que la foi n’avait plus de place dans leur vie, mais l’Évangile nous rappelle aujourd’hui que Dieu ne cesse jamais d’appeler et que, même après un long détour, même après un temps de silence, il peut encore nous dire avec la même tendresse : « Mon enfant, va travailler aujourd’hui à la vigne. »
Cette parole est également importante pour ceux qui pensent être proches de Dieu, car le danger n’est pas seulement de dire « non » au Seigneur ; le danger peut aussi être de dire « oui » tellement facilement que nous ne prenons plus la peine de nous demander si ce « oui » transforme réellement notre existence, car il est possible d’avoir les habitudes de la foi sans avoir toujours la disponibilité du cœur, de connaître les paroles de l’Évangile sans toujours accepter de nous laisser déranger par elles, et de faire partie d’une communauté chrétienne tout en oubliant que nous sommes appelés à sortir de nous-mêmes pour aller à la rencontre des autres.
C’est pourquoi Jésus prononce ensuite cette parole qui peut nous surprendre lorsqu’il affirme que les publicains et les prostituées précèdent certains responsables religieux dans le Royaume de Dieu, car il ne cherche pas à dire que le mal devient le bien, mais il veut révéler que ceux qui reconnaissent leur fragilité et leur besoin de conversion peuvent parfois être plus disponibles à la grâce que ceux qui pensent n’avoir rien à changer ; cette parole est donc un appel puissant à l’humilité, parce qu’elle nous rappelle que personne ne peut prétendre être arrivé au bout du chemin et que, devant Dieu, nous sommes tous des disciples qui avons encore à apprendre, à changer et à nous convertir.
Et cette invitation à la conversion prend pour nous une résonance particulière alors que nous nous préparons à accueillir le pape en France, car sa venue peut être pour notre Église un moment de rassemblement et de communion, mais elle peut surtout devenir une occasion de nous demander ce que nous voulons faire de notre foi dans le monde d’aujourd’hui, dans une société où beaucoup de personnes se sentent éloignées de l’Église, où certains jeunes cherchent un sens à leur existence, où des familles connaissent parfois la solitude ou les difficultés, où des personnes vivent la pauvreté, l’isolement ou l’exclusion, et où nous sommes appelés, comme chrétiens, non pas à nous enfermer dans nos communautés, mais à aller vers ceux qui attendent peut-être simplement qu’une porte s’ouvre.
Lorsque nous accueillerons le pape, lorsque nous écouterons ses paroles et que nous partagerons ces moments avec d’autres croyants, nous pouvons donc demander au Seigneur de nous donner un cœur véritablement disponible, afin que cette rencontre ne reste pas seulement un beau souvenir, mais qu’elle puisse devenir pour chacun de nous un commencement, une invitation à reprendre notre place dans la vigne du Seigneur et à comprendre que l’Église ne vit pas seulement de ce qui se passe dans ses églises, mais aussi de ce que chaque baptisé accepte de vivre dans sa famille, dans son travail, dans son quartier, auprès de ses amis et auprès de ceux qu’il rencontre chaque jour.
Car la vigne dont parle Jésus est beaucoup plus grande que nous ne l’imaginons : elle est dans notre famille lorsque nous faisons le premier pas vers quelqu’un avec qui nous sommes en conflit, elle est dans notre communauté lorsque nous accueillons une personne que nous ne connaissons pas encore, elle est dans notre quartier lorsque nous prenons le temps de nous intéresser à celui qui vit dans la solitude, elle est auprès des malades lorsque nous leur consacrons quelques minutes de notre temps, elle est auprès des personnes pauvres lorsque nous partageons ce que nous avons, elle est auprès des jeunes lorsque nous les écoutons sans les juger et que nous leur faisons comprendre qu’ils ont une place dans l’Église, et elle est aussi dans toutes ces rencontres ordinaires où un simple geste de bonté peut devenir pour quelqu’un un signe de la présence de Dieu.
Ainsi, lorsque le Père nous dit : « Va travailler aujourd’hui à la vigne », il ne nous demande pas nécessairement de réaliser des choses extraordinaires, mais il nous demande d’accomplir avec amour les choses qui sont à notre portée, de prendre soin de ceux qui nous sont confiés, de ne pas détourner le regard devant la souffrance, de ne pas laisser la solitude des autres devenir leur seul horizon et de comprendre que notre foi prend tout son sens lorsqu’elle devient concrètement une présence, une écoute, un service et une espérance offerte aux autres.
Alors, frères et sœurs, peut-être que cette question de Jésus peut nous accompagner pendant toute cette période : « Lequel des deux a fait la volonté du père ? », non pas pour nous culpabiliser, mais pour nous aider à regarder avec vérité ce que nous faisons de notre « oui » au Seigneur, car Dieu ne nous demande pas de prétendre être parfaits, il nous demande simplement d’être vrais, de reconnaître nos résistances, de déposer devant lui nos fragilités et d’accepter de faire un pas de plus sur le chemin.
Peut-être que certains d’entre nous doivent aujourd’hui retrouver le chemin après s’être éloignés, peut-être que d’autres doivent apprendre à passer des paroles aux actes, peut-être que certains doivent pardonner, demander pardon, renouer une relation, accueillir quelqu’un ou simplement recommencer à prier, mais chacun de nous peut entendre cette même parole du Père : « Mon enfant, va travailler aujourd’hui à la vigne », et chacun peut répondre à sa manière, avec ses forces et ses fragilités, parce que le Seigneur ne nous demande pas d’être quelqu’un d’autre, mais de lui offrir ce que nous sommes et de lui permettre de transformer notre vie.
Que l’arrivée du pape en France soit donc pour nous une occasion de renouveler notre « oui » au Seigneur, non pas un « oui » seulement prononcé avec les lèvres, mais un « oui » qui se traduit dans notre manière d’aimer, de servir, de pardonner, d’accueillir et de construire la fraternité autour de nous, afin que ceux qui nous rencontrent puissent découvrir, à travers nos gestes et notre manière de vivre, quelque chose de la lumière et de la bonté du Christ.
Et lorsque nous repartirons de cette célébration, que nous ne repartions pas simplement avec le souvenir d’avoir entendu une belle Parole, mais avec la conviction que cette Parole nous est personnellement adressée aujourd’hui, ici et maintenant, et que le Seigneur nous attend dans cette vigne qui est notre famille, notre communauté, notre quartier, notre lieu de travail et notre monde, parce que la mission commence toujours là où nous sommes.
Frères et sœurs, demandons donc au Seigneur de nous donner la grâce de ne pas rester prisonniers de nos « non », de ne pas nous contenter de nos « oui » prononcés trop facilement, mais de devenir des hommes et des femmes capables de se relever, de changer de cœur et de mettre leur foi en actes ; demandons-lui de faire de notre Église une Église accueillante, fraternelle et proche de ceux qui souffrent, une Église qui ne se contente pas de parler de l’amour de Dieu mais qui le rend visible par ses gestes, et demandons-lui enfin que la venue du pape soit pour chacun de nous une occasion de repartir avec un cœur renouvelé et un désir nouveau de servir.
Car au fond, l’Évangile d’aujourd’hui ne nous demande pas : « As-tu toujours dit oui ? », mais plutôt : « Que fais-tu aujourd’hui de l’appel que Dieu t’adresse ? »
Et si notre réponse a parfois été « non », souvenons-nous que Dieu nous laisse toujours la possibilité de revenir ; si notre réponse a souvent été « oui » mais que nos actes n’ont pas suivi, souvenons-nous qu’il n’est jamais trop tard pour commencer à agir ; et si nous avons déjà commencé à travailler dans la vigne, souvenons-nous que nous ne travaillons jamais seuls, car le Seigneur marche avec nous et nous donne la force dont nous avons besoin.
Alors, lorsque le Seigneur nous dira encore une fois : « Mon enfant, va travailler aujourd’hui à la vigne », puissions-nous répondre avec simplicité, non seulement par nos paroles, mais par toute notre vie :
« Seigneur, me voici ; je ne sais pas toujours comment faire, je ne suis pas parfait, j’ai parfois peur, je me trompe parfois, mais je veux me mettre en route avec toi et travailler dans ta vigne. »
Amen.
Bon dimanche à vous !
Père Eloge Elenga


